• Romeo Castellucci (performer, magicien) ou la fête du refus

    Colloques et conférences

     

     MATTHIEU MEVEL

     Article publié dans la revue Théâtre/Public n°194

     Une nouvelle séquence théâtrale européenne

     Paris, 2009

     pp. 61-66

     ISBN : 978-2-84260-327-4

     

     

    « C’est ça le spectacle, attendre seul dans l’air inquiet, attendre que ça commence, attendre qu’il y ait autre chose que soi ». J’ai toujours considéré cette phrase de Beckett comme une très belle phrase sur l’événement théâtral. Récemment, j’ai songé à remplacer le mot “spectacle” par le mot “TV” et tout est devenu très triste : c’est ça la TV, attendre seul dans l’air inquiet... attendre qu’il y ait autre chose que soi. Dans un journal italien de gauche comme La Repubblica, la rubrique Spettacoli e televisione mêle indifféremment une critique théâtrale, un film hollywoodien et le programme TV. Dans la confusion du monde actuel, les lignes de front ne passent plus entre ce qu’est la culture et ce qu’elle n’est pas, entre ce qu’est le théâtre et ce qu’il n’est pas, elles passent au milieu de la culture et du théâtre, si bien que le mot “spectacle” peut revêtir des formes opposées : il évoquera autant un souvenir théâtral que les formes de l’aliénation de la vie quotidienne. Ce discours critique fait désormais partie du paysage politique depuis les ouvrages de Guy Debord : « toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles »3. Il faudrait commencer par dire, avant tout développement sur le travail de Romeo Castellucci, une chose simple et capitale, avant toute considération plas- tique, toute critique possible de ses “images” : si les spectacles de la Societas Raffaello Sanzio sont d’une force exceptionnelle, c’est que les gestes, les corps, les images qu’ils mettent en œuvre sont profondément ancrés dans un refus du monde tel qu’il va, et qu’ils se construisent même sur ce refus. « Il me semble qu’un écrivain... est d’abord contemporain d’un état du monde qui l’écrase, d’un état des lettres au service de ce monde, toutes choses qu’il réprouve pour de nobles raisons objectives ou de plus pauvres raisons relevant de son histoire personnelle ; mais il est aussi contemporain d’un état de la langue dont il fait une arme, et grâce à quoi il transforme son refus, le fait changer de signe dans le plus haut assentiment d’une œuvre... »

     

    J’ai rencontré Romeo Castellucci à Avignon en 2007. Nous avons évoqué la misère du personnage de Berlusconi, les embouteillages à Rome et son travail théâtral. Une conversation enregistrée eut lieu dans le cloître Saint Louis avec Jean-Frédéric Chevallier, le texte de la transcription a constitué un chapitre dans un livre sur le théâtre contemporain: La curvatura dello sguardo, conversazione con Romeo Castellucci5. J’ai collaboré à son travail à Avignon en 2008 (j’ai traduit sa version du Purgatorio de Dante). Parmi les spectateurs, outre ceux qui s’étonnaient de ne pas entendre la langue de Dante (peut-être même de ne pas voir le texte “représenté”), certains s’ offusquaient des « images » d’Inferno (« on dirait une pub pour Benetton ») ou des « effets » utilisés dans Purgatorio.

     

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