• La Curvatura dello sguardo (conversation avec Castellucci)

    Colloques et conférences

     

     JEAN-FREDERIC CHEVALLIER & MATTHIEU MEVEL

     Publié dans Corpi e Visioni, indizi sul teatro contemporaneo

     (coord. Antonio Audino)

     Artemide, Rome, 2007

     pp. 113-122

     ISBN : 978-88-7575-084-8

     

     

    JEAN-FREDERIC CHEVALLIER Je t’ai entendu parler en Avignon, il y a deux ans, sur France Culture, je ne sais pas si tu te souviens, il y avait une émission avec Olivier Py, Georges Banu, au théâtre de la Bastille, tu avais dit beaucoup de choses qui ont à voir avec le type de réflexions qu’on développe, à savoir, les notions de présent, de présenter, de présentation… Dans ce que tu fais, dans les formes un peu différentes qui apparaissent aujourd’hui, on a l’impression que ce qui est important, ce qu’on regarde le plus, c’est ce qui est là, ici et maintenant, pas tant les références extérieures, pas tant ce qu’on voudrait raconter, pas tant une représentation, que ce qui est présent, comme si on voulait exalter le présent du spectateur…

    ROMEO CASTELLUCCI Oui, je crois que l’art, et le théâtre en particulier, ont pour tâche d’interpréter leur époque, non pas comme une chronique de ce qui arrive ; selon moi, le théâtre n’est pas la représentation de quelque chose qui a lieu autour de nous, en ce moment, certes il naît dans cette époque, et c’est très important, mais je crois que la représentation doit avoir comme but de dépasser son époque, il convient donc à travers la représentation de créer un espace vide qui doit être rempli par l’expérience du spectateur. La première expérience, c’est d’être dans le théâtre.

    MATTHIEU MEVEL Tu connais cette phrase de Claude Régy qui dit : «  le spectacle n’a pas lieu sur la scène, mais dans la tête du spectateur ».

    ROMEO CASTELLUCCI Oui, c’est vrai, je ne connaissais pas cette phrase de Régy, mais c’est ça, la vraie scène, le vrai théâtre, ont lieu dans la tête, je dirais même, dans le corps du spectateur, c’est une expérience complètement physique, donc d’un côté, il y a la solitude existentielle du spectateur, le théâtre comme expérience de solitude, comme expérience intime, de l’autre côté, il y a ce qui le plus puissant, ce qui appartient en propre au théâtre, c’est-à-dire le  partage avec d’autres individualités, avec d’autres solitudes, qui sont tes voisins, c’est donc une expérience personnelle au milieu des autres ; ça prend la forme d’une communauté, une communauté instantanée, une communauté d’inconnus, une communauté éphémère qui dure ce que dure le spectacle, ce n’est pas une communauté d’adeptes, il n’y a rien de mystique, c’est une communauté éphémère mais efficace parce que réelle, donc le théâtre pourrait être un moyen pour suspendre la réalité à travers la production de réel, une condition réelle, tangible.

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